5 minutes pour les affaires : Les coûts de la complaisance

« La complaisance est un état d’esprit qui n’existe que rétrospectivement : il doit être brisé avant de pouvoir être confirmé. »

— Vladimir Nabokov

Alors que les pays du monde entier continuent de faire face aux effets dévastateurs de la pandémie de COVID-19, des questions, nécessaires, sont soulevées quant aux raisons de l’échec des gouvernements et des multiples institutions et organismes nationaux et multilatéraux conçus pour prévenir ce genre d’épidémie.

Il faudra du temps pour démêler la myriade d’échecs géopolitiques et de gouvernance qui se cachent derrière la situation actuelle, mais il est difficile de ne pas observer le rôle joué par la complaisance dans la manière dont nous prévenons collectivement les pandémies et nous y préparons.

De cette complaisance découle le pire ralentissement économique qu’a connu le Canada depuis des décennies, qui sème le chaos pour les entreprises canadiennes, leurs employés et pour les situations financières fédérale, provinciales et municipales. Selon l’Enquête canadienne sur la situation des entreprises de Statistique Canada, en mai, 61 % des entreprises au Canada ont déclaré avoir mis à pied 50 % ou plus de leur effectif. Même les économistes les plus optimistes prévoient qu’il faudra des années, et non des mois, avant que le Canada ne retrouve les niveaux d’activité économique qui existaient avant la pandémie.

Le plus gros enjeu lié à la reprise pour les gouvernements du monde entier, et notamment pour celui du Canada, est de savoir s’ils peuvent contrôler et réduire la propagation de la COVID-19 sans avoir à recourir de nouveau à des mesures de fermeture dévastatrices sur le plan économique. Notre santé économique à court terme et notre santé publique sont inextricablement liées.

Alors que le Canada tente de tracer ses plans de relance économique à moyen et à long terme, l’une des questions les plus importantes est de savoir si le pays peut surmonter la complaisance économique qui s’est installée bien avant la pandémie. Avant que la COVID-19 ne perturbe presque tous les aspects de notre économie, les décideurs canadiens étaient apparemment satisfaits des faibles investissements des entreprises, ainsi que des croissances de l’économie et de la productivité tout aussi légères.

Malgré leur régime fiscal inutilement complexe et inefficace, les gouvernements canadiens qui se sont succédé au cours des 60 dernières années se sont abstenus de s’attaquer à une réforme fiscale globale, mesure pourtant tellement nécessaire. Devant cette inattention, la Chambre de commerce du Canada a récemment lancé un examen fiscal indépendant afin de stimuler notre reprise. D’autres pays, dont le Royaume-Uni et la Nouvelle-Zélande, ont démontré que ce n’était pas chose impossible et ont révisé leurs régimes fiscaux désuets. Alors que les revenus et la clientèle des entreprises sont à la baisse, il est plus important que jamais pour le Canada de considérer la réforme fiscale comme une occasion de réduire les coûts des entreprises et de libérer plus de capitaux afin qu’elles puissent investir dans la reprise, la croissance et la création d’emplois.

Bien que les normes environnementales y soient parmi les plus élevées du monde, le Canada a complaisamment autorisé la construction d’infrastructures essentielles destinées à vendre nos ressources énergétiques à des clients au même prix que des ressources énergétiques produites dans des pays où les normes environnementales sont inférieures. Compte tenu de notre situation économique et financière actuelle, il serait négligent, sur le plan économique, d’accepter que les nouveaux emplois axés sur l’énergie, la croissance et les recettes fiscales destinées à financer des programmes sociaux et d’autres programmes de dépenses soient générés dans ces autres pays et non dans le nôtre.

Même si les gouvernements fédéraux des deux dernières décennies ont reconnu à maintes reprises que la paperasserie administrative et l’inefficacité de la réglementation continuent de freiner la croissance au Canada, tous ont continué de présenter des mesures qui alourdissent le fardeau global des entreprises. Les plans de relance économique sérieux doivent comprendre des mesures réglementaires qui créent un environnement d’exploitation d’entreprise moins incertain et moins coûteux.

Les entreprises canadiennes et leurs employés ont payé un prix excessivement élevé pour la complaisance mondiale qui nous a conduits à ce point. De nombreuses entreprises n’ont pas survécu au premier semestre de 2020 et d’autres fermeront définitivement leurs portes au cours des prochains mois. Les répercussions continues de cette pandémie ont révélé au grand jour la complaisance des gouvernements qui a permis à une éclosion localisée d’un nouveau coronavirus à Wuhan, en Chine, de se propager aux quatre coins de la planète. Alors que les décideurs examinent les possibilités de reprise et de croissance à long terme cet automne, nous ne sommes toujours pas certains que les gouvernements reconnaissent que la complaisance économique a façonné l’élaboration des politiques canadiennes au cours des dernières années. En observant ce qu’il adviendra des politiques fiscales, réglementaires et énergétiques au cours des prochains mois, nous serons rapidement fixés.

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