Commentaire : La sénatrice Bellemare sur la promotion du développement des compétences professionnelles

Le Réseau de résilience des entreprises canadiennes regroupe un vaste réseau de plus de 450 chambres de commerce et de plus de 100 associations commerciales et industrielles de premier plan au Canada, issus de toutes les régions et de tous les secteurs de l’économie. Le RREC offre également une plateforme permettant aux membres et aux dirigeants de discuter d’idées à soumettre aux décideurs politiques et au monde des affaires. Les opinions exprimées dans ce billet de blogue ne reflètent pas systématiquement les points de vue ou les positions de la Chambre de commerce du Canada.

Ce billet est rédigé par la sénatrice Diane Bellemare, une sénatrice indépendante qui a été nommée au Sénat en 2012. Économiste de formation et forte d’une carrière remarquable, ses priorités sont l’emploi, la politique économique et la réforme du Sénat.


Comment et pourquoi je me suis impliquée dans l’organisation d’une Table-ronde Emplois-Compétences?

Pour répondre à cette question permettez-moi d’abord d’élaborer un peu sur ce qui m’anime profondément comme économiste.

Tout au long de ma vie professionnelle d’économiste, j’ai travaillé sur les questions des politiques d’emploi, de la formation et des enjeux liés à la sécurité économique des personnes. C’est un choix que j’ai fait délibérément parce que j’ai vite compris à travers mes études doctorales que la sécurité économique des personnes dépend en grande partie de la possibilité d’exercer un emploi décent. C’est aussi un enjeu collectif pour toutes les sociétés qui veulent à la fois prospérer, renforcer la classe moyenne et inclure tous les groupes dans leur démocratie.

Mon parcours professionnel subséquent m’a appris que le dialogue social était nécessaire pour poursuivre efficacement cet objectif. Le plein emploi et la prospérité partagée et durable n’arrivent pas automatiquement. Tous et chacun avons une responsabilité face à la poursuite de ces objectifs et il faut y travailler ensemble.

Revenons à la question initiale.

J’ai été nommée au Sénat en 2012. Le rôle d’un sénateur est avant tout d’apporter une deuxième réflexion à la législation adoptée à la Chambre des Communes. Toutefois, comme parlementaire, nous avons la possibilité et, je dirais, aussi le devoir, de nous impliquer dans la promotion d’enjeux importants pour l’ensemble des Canadiens.

J’ai choisi de m’impliquer dans des enjeux liés à la promotion du développement des compétences parce que c’est un enjeu fondamental au 21ième siècle. Les compétences sont devenues la nouvelle monnaie mondiale. L’instruction publique et l’éducation initiale ont été des défis majeurs tout au long de la deuxième moitié du 20ième siècle. Et ils le sont toujours. Mais aujourd’hui, c’est le développement des compétences tout au long de la vie qui est le défi à relever. Si le Canada est reconnu pour ses taux de scolarisation très élevés, l’investissement dans le développement des compétences tout au long de la vie pourrait être plus élevé.

Avant l’arrivée de la COVID 19, toutes les organisations internationales comme l’OCDE, annonçaient qu’il fallait se préparer à l’arrivée de l’intelligence artificielle et s’adapter aux changements technologiques, à l’environnement économique changeant, aux variations climatiques et au vieillissement de la population. La crise sanitaire n’a pas effacé subitement ces considérations et ces tendances lourdes. Elle en a plutôt ajouté d’autres. Mais une réalité demeure vraie : le rythme accru des changements exige clairement que tous et chacun se forment tout au long de la vie.

Les Canadiens en sont bien conscients. Dans un sondage que mon bureau a produit en décembre dernier, la majorité des Canadiens 56,4 % des répondants, (soit environ 11,4 millions de Canadiens actifs), souhaitent suivre de la formation. Parmi ceux qui souhaitent recevoir une formation, 40,4 % des répondants, soit environ 4,6 millions de Canadiens actifs, n’ont pas les moyens ou le temps d’en suivre une. Des millions de Canadiens et Canadiennes pensent devoir améliorer certaines compétences essentielles comme leurs habiletés en lecture (10,5% ou 2,1 millions), leurs compétences en mathématiques (26,4% ou 5,4 millions) ainsi que leurs compétences en informatique (48,4% ou 9,9 millions). Et plus de 45% des répondants pensent qu’ils devraient suivre une formation pour améliorer leurs compétences professionnelles (46,3% ou 9,4 millions).

Même si les besoins sont réels, il n’existe pas de vision commune au Canada sur la manière dont il faut s’y prendre pour relever le défi du développement des compétences tout au long de la vie. Ce n’est pas le cas ailleurs dans le monde. Par exemple, l’Union Européenne a développé une vision stratégique partagée par les États membres. La fédération australienne a fait de même.

Au Canada, ces enjeux sont teintés par la répartition des pouvoirs constitutionnels et les relations politiques entre le fédéral et les provinces les territoires. Ceci explique sans doute, en partie, pourquoi ce dossier fait du surplace.

C’est dans ce contexte qu’est venue l’idée d’une table ronde Emplois-Compétences réussissant des acteurs économiques majeurs du marché du travail afin de développer une vision commune sur les enjeux du développement des compétences tout au long de la vie. L’idée derrière cette table-ronde est la suivante : si les partenaires du marché du travail s’entendent sur une vision stratégique commune peut-être pourront-ils amener les gouvernements au Canada à partager une stratégie commune?

Précisons que cette initiative ne vise pas à s’immiscer dans le partage constitutionnel des compétences entre le fédéral et les provinces et territoires. Il s’agit plutôt de développer une vision commune sur la nature des besoins de développement des compétences, sur le langage à utiliser pour se comprendre, sur des mécanismes de financement stables et partagés, sur le développement d’une culture de la formation tout au long de la vie et tout cela, dans le respect du partage actuel des compétences entre le fédéral et les provinces et territoires.

J’ai d’abord travaillé ce dossier avec Collèges et Institut Canada, la Chambre de Commerce du Canada et le Congrès du Travail du Canada et nous avons élargi le groupe à plus d’une douzaine d’associations des milieux d’affaires, du travail et de la formation.

Deux réunions ont eu lieu à ce jour, une première le 31 janvier 2020 et une deuxième le 27 mai 2020.

Les groupes participants ont exprimé leur intérêt pour cette table ronde et reconnaissent la contribution bénéfique que le dialogue social peut apporter au dossier de la formation et du développement des compétences tout au long de la vie. Tous ont aussi reconnu que cette table ronde informelle pouvait bénéficier des services des deux Commissaires employeurs et employés de l’Assurance-emploi (AE). C’est pourquoi, lors de la réunion du 27 mai dernier, il a été convenu de poursuivre les travaux sous l’égide des deux Commissaires.

Je suis très heureuse de cette décision qui apportera une assise plus formelle à cette table ronde. Grâce aux liens que les Commissaires entretiennent avec le Ministère, les discussions profiteront de l’éclairage des études et recherches de ce dernier, favorisant ainsi le développement d’une vision commune entre les partenaires du marché du travail.

À court terme, la Table ronde au sein de la Commission de l’AE pourrait aider à préciser les modalités de l’allocation de formation prévue dans le budget 2019 afin d’en assurer son efficacité. Ce serait une belle réussite ainsi qu’une démonstration de l’utilité du dialogue social.

– Sénatrice Diane Bellemare