Commentaires: La COVID-19 et les chaines d’approvisionnement; pas de solution miracle

Mark Agnew est Directeur principal de la politique internationale à la Chambre de commerce du Canada.

L’expression “résilience de la chaîne d’approvisionnement” revient de plus en plus souvent lorsque les gens examinent leur boule de cristal économique. Pourtant, ce n’est pas aussi simple que ces trois mots.

D’emblée, il est important de se rappeler que les indicateurs macroéconomiques représentent la somme des transactions commerciales individuelles. Heureusement, au Canada, un appareil d’État centralisé ne décide pas où exporter, importer ou investir. En ce qui concerne la réponse aux leçons tirées de la COVID-19, à moins que le gouvernement ne nationalise les industries et ne prenne le contrôle direct des entreprises, le renforcement de la résilience de la chaîne d’approvisionnement dépend plutôt de l’incitation au comportement du secteur privé.

Les incitations nécessaires pour induire un changement dans les chaînes d’approvisionnement varient selon les secteurs. En voici quelques-unes :

  • Incitations fiscales et financières – Quelles mesures devraient exister pour les entreprises qui produisent au Canada, telles que des déductions pour amortissement ainsi que des subventions payables ou non remboursables?
  • Marchés publics – Le gouvernement utilisera-t-il les marchés publics comme un outil pour encourager la production nationale par le biais d’exigences de performance à long terme dans les contrats? Les marchés publics seront-ils utilisés comme un outil pour soutenir les entreprises ou les industries naissantes?
  • Réglementation – Comment la réglementation peut-elle être un outil permettant de façonner les résultats souhaités de la chaîne d’approvisionnement? Par exemple, en révisant la réglementation pour améliorer l’environnement des entreprises ou en facilitant la fabrication sur le marché intérieur.
  • Infrastructure – Compte tenu des distances à parcourir pour transporter des produits au Canada, quelle infrastructure doit être mise en place pour garantir que les marchandises puissent être acheminées rapidement là où elles sont nécessaires?
  • Commerce et investissement – Comment les politiques de commerce extérieur du Canada affectent-elles les incitations relatives à la production au-delà des frontières internationales? Quels types de contraintes de politique commerciale est-il acceptable d’imposer à nos politiques d’approvisionnement, de réglementation et d’investissement?

Bien que les points ci-dessus se concentrent sur la production physique de biens, les services jouent un rôle essentiel dans la résilience à toutes les étapes de la chaîne d’approvisionnement. En amont, on trouve des intrants à forte intensité de connaissances tels que l’ingénierie et la R&D. Ce travail de conception et la propriété intellectuelle sont essentiels pour que de nombreuses industries restent à la pointe de leur secteur et demeurent compétitives. Il existe également des fonctions essentielles plus en aval de la chaîne d’approvisionnement, telles que la maintenance et les fournisseurs tiers qui soutiennent les opérations commerciales en cours.

Le revers de la médaille de la résilience ne consiste pas seulement à répondre à nos besoins intérieurs, mais aussi à garantir des débouchés à l’exportation pour les entreprises canadiennes à l’étranger. Il s’agit par exemple de soutenir l’infrastructure commerciale qui permet d’acheminer nos produits sur le marché. Les normes réglementaires nationales ont également un impact important sur la capacité des entreprises canadiennes à participer aux chaînes d’approvisionnement mondiales en ce qui concerne les biens (par exemple, les normes de produits) et les services (par exemple, les qualifications professionnelles).

La crise actuelle a démontré que les chaînes d’approvisionnement sont extrêmement compliquées et que de nombreuses pièces mobiles sont nécessaires pour modifier le comportement du secteur privé. Il y a également l’interaction de la manière dont ces mesures politiques affecteraient d’autres secteurs. Il est préférable de penser à l’impact cumulé de ces variables sur les décisions microéconomiques au niveau des entreprises qui conduisent à des réorientations macroéconomiques. Alors que le Canada cherche a comprendre comment les chaînes d’approvisionnement doivent s’adapter, il n’existe pas de solution miracle.

– Mark Agnew