Hassan Yussuff et Perrin Beatty : Le Canada a besoin d’un groupe de travail national sur la meilleure façon de redémarrer l’économie

Hassan Yussuff est Président du Congrès du travail du Canada. Perrin Beatty est Président et Chef de la direction de la Chambre de commerce du Canada.

Les Canadiens demeurent physiquement éloignés, mais la pandémie de la COVID-19 a lié notre bien-être les uns aux autres comme jamais auparavant. Nos concitoyens canadiens comptent sur l’effort collectif pour surmonter cette crise.

En effet, nous sommes à notre mieux lorsque nous travaillons ensemble. Au cours du dernier mois, la Chambre de commerce du Canada et le Congrès du travail du Canada se sont unis dans leurs efforts de réponse à la crise et ont pu constater cette vérité de près.

Nous avons réuni la main d’œuvre et les entreprises pour aider à maintenir les relations entre les employeurs et les employés. Nous avons suggéré que les Canadiens devraient recevoir un soutien au revenu lorsque nous ne pouvions pas éviter les pertes d’emplois. Nous avons vu des entreprises se réorganiser pour approvisionner les travailleurs de première ligne. Ensemble, nous avons applaudi les entreprises qui fournissaient gratuitement des repas et des installations aux camionneurs long-courriers qui risquent leur santé pour maintenir nos chaînes d’approvisionnement en mouvement.

Alors que les Canadiens continuent de s’entraider, nous devons également porter notre regard sur le monde post-COVID-19 et planifier comment notre pays et notre économie peuvent émerger de la crise plus forts.

Les divisions partisanes réapparaissent déjà après un moratoire bien trop bref. Les provinces envisagent de suivre leur propre voie en procédant à la réouverture de leurs économies respectives. À mesure que les taux d’infection baissent et que diverses juridictions redémarrent leurs économies, les appels à une réouverture ordonnée secteur par secteur et région par région vont inévitablement augmenter.

Pourtant, alors que nous nous préparons à la reprise, les Canadiens ne doivent pas oublier la collaboration et la solidarité qui nous ont amenés à ce point. C’est pourquoi nous demandons au gouvernement fédéral de créer un groupe de travail pour élaborer des recommandations sur la façon de redémarrer l’économie. L’ampleur même de ces décisions requiert une variété de perspectives, y compris d’accommoder les besoins variés de secteurs très divers. Lorsque viendra le temps du rétablissement, nous aurons besoin d’un engagement global avec les gouvernements, la main d’œuvre, les entreprises de toutes tailles, les experts de la santé publique, les groupes autochtones, les organismes à but non lucratif et les universitaires.

Bien que la décision de rouvrir incombe aux gouvernements et aux experts en santé publique, le calendrier dépendra de la capacité de la société civile à protéger les employés, les clients et le grand public. Nous devons élaborer ces plans dès maintenant.

L’objectif immédiat est clair: assurer un retour au travail aussi sûr et productif que possible pour l’économie. En effet, une coopération sur ce front est déjà en cours entre les gouvernements fédéral et provinciaux. Ces gouvernements décideront du calendrier — comment minimiser le risque de hausse de cas futurs, établir un système de dépistage, de traçage et de réponse aux nouvelles infections, des lignes directrices pour les travailleurs concernant l’équipement de protection individuelle et la distanciation physique, et comment maintenir des chaînes d’approvisionnement robustes entre les provinces. Ce sont des plans qui, en temps normal, requièrent des mois de conception. Cependant, le calendrier raccourci par la crise signifie que nous devons élaborer une stratégie bien conçue au cours des prochaines semaines.

Un groupe de travail aidera à filtrer les meilleures idées et à établir un consensus au sein de la société civile au moment de la mise en œuvre. Les tableaux sectoriels peuvent garantir que les décisionnaires prennent en compte les besoins spécifiques de chaque secteur.

À plus long terme, ce groupe peut servir pour le gouvernement de comité consultatif externe indépendant, afin de contribuer à la création et à la mise en œuvre d’un plan économique post-relance.

La main-d’œuvre canadienne ne sera pas la même. La pandémie va changer notre façon de vivre, notre façon de travailler et notre utilisation de la technologie. Nous entamerons la reprise avec de nouvelles dettes publiques et privées substantielles. Le renversement de décennies de mondialisation économique et de chaînes d’approvisionnement internationales créera des défis pour une nation commerçante comme la nôtre. Nous devrons revoir les politiques sur les infrastructures de soins de santé, les réserves stratégiques de fournitures essentielles et assurer des installations de production nationales pour les équipements médicaux essentiels. Le Canada a besoin d’un processus pour discuter de ces changements transformationnels et pour éviter que les intervenants s’égarent dans des directions différentes.

Bien que personne ne puisse prédire avec certitude les changements économiques, politiques et culturels que cette crise entraînera pour le Canada et le reste du monde, nous savons qu’ils seront importants. Le niveau élevé de collaboration entre les gouvernements, la main d’œuvre, les entreprises et la société civile dans la gestion de cette pandémie devrait donner aux Canadiens confiance dans notre capacité collective à relever les défis à venir.

Rien de cela ne sera facile. Aucun manuel d’emploi n’existe pour nous guider. Partout dans le monde, les gouvernements peinent à équilibrer les besoins économiques et la santé publique.

Néanmoins, au cours des dernières semaines, les Canadiens se sont montrés à la hauteur grâce à la collaboration, l’innovation et l’esprit communautaire. C’est l’élan dont nous avons besoin pour avancer vers la reprise; un groupe de travail axé sur le bien-être de tous les Canadiens fournira un bon départ.

– Hassan Yussuf et Perrin Beatty